Battlestar Galactica, le jeu de plateau

Battlestar Galactica, le jeu de plateau ! En apprenant l’existence de ce jeu, j’étais partagé entre le plaisir et l’angoisse, étant d’une part un fan de la série et d’autre part très méfiant vis-à-vis des jeux à licence souvent bâclés. Puis, au vu des excellents retours, je suis allé acheter la grosse boiboite, j’ai avalé les règles, pris trois comprimés contre les indigestions, relu plus tranquillement celles-ci, réuni mes cobayes du vendredi soir (que je remercie pour leur patience infinie à essayer tous les jeux que je leur propose) et nous avons ainsi nous aussi pu tenter de sauver l’humanité, échouant en cela bien souvent !

Battlestar Galactica (que j’abrègerai désormais BSG parce que bon ça commence à faire long)  est donc le jeu de plateau inspiré de la série télévisée du même nom. Diffusée entre 2004 et 2009 (oui c’est la nouvelle série hein, pas celle de 1978 !), BSG est une série de science fiction contant l’exode des derniers survivants d’une humanité menacée à chaque instant d’extinction.

Si on peut parfaitement jouer au jeu de plateau sans avoir jamais vu la série et en tirer un très grand plaisir (plusieurs de mes joueurs ont eu envie de découvrir la série après quelques parties), le jeu se destine clairement à ceux qui la connaissent et qui auront plaisir à vivre de nouvelles aventures à bord du Galactica. Idéalement, je conseillerai à tous de visionner la mini-série de 3 heures qui précède la première saison de la série (même si vous ne jouez pas au jeu de plateau, il faut !) et qui pose toutes les bases de l’histoire. Mais pour faciliter un peu l’approche, je vais quand même retracer un peu le contexte de Battlestar Galactica. Si vous connaissez déjà, vous pouvez passer de suite à la partie suivante !

Le contexte (pour ceux qui ne connaissent pas la série)

Lorsque commence la série, l’humanité compte plusieurs milliards d’êtres humains vivant sur 12 colonies portant les noms d’antiques constellations. 40 ans plus tôt s’est achevé un sanglant conflit entre les cylons, les robots créés par l’humanité, et leurs créateurs contre lesquels ils se rebellèrent. Les Cylons sont alors partis fonder un monde qui leur appartiendrait et plus personne n’a entendu parler d’eux depuis.

Mais les Cylons qui n’étaient autrefois que des robots de métal chromé ont désormais une apparence humaine et ils ont ainsi pu mêler à l’humanité, et l’infiltrer afin de préparer une nouvelle attaque. Lorsque celle-ci survient, l’humanité presque sans défense est quasiment anéantie en quelques heures à grand coup d’armes atomiques.

Antique et dernier vaisseau de guerre de l’humanité, le Battlestar Galactica, qui n’a échappé aux virus informatiques Cylons que grâce à son obsolescence, réussit à rassembler sous sa protection les rares vaisseaux civils qui ont échappé au massacre et tente de les guider vers la Terre, la 13° colonie fondée par l’humanité lorsqu’elle quitta Kobol, la planète des origines.

Sous la menace permanente d’attaques Cylon, manquant des ressources les plus élémentaires, les derniers êtres humains tentent de maintenir un semblant de société au sein de l’assemblage hétéroclite de vaisseaux bondés qui les transportent.

Mais la pire menace qui pèse sur la flotte et l’humanité sont les agents Cylons infiltrés en son sein. Certains oeuvrent dans l’ombre, informant et guidant la flotte ennemie ou sabotant le moral et le matériel. Mais plus dangereux encore sont les agents dormants ; inconscients de leur propre nature, ils ont été programmés pour incarner et penser n’être qu’un membre de la flotte, et ne s’activeront qu’au moment critique, celui où ils seront susceptibles de porter un coup fatal à l’ennemi.

La mécanique de Jeu

Voyons maintenant comment le jeu réussit à rendre cette ambiance et à intégrer dans sa mécanique l’ensemble des thèmes évoqués.

BSG est un jeu semi-coopératif qui se joue avec 3 à 6 joueurs qui vont incarner des personnages emblématiques de la série. On peut donc devenir pour quelques heures le Commandant Adama ou l’impétueuse Kara Thrace. Le nombre de personnages proposé est assez important pour varier les plaisirs et la première excellente idée est la composition de l’équipage, puisqu’avec beaucoup d’élégance, le système de jeu impose une bonne répartition des rôles en veillant à ce que les joueurs se répartissent sans contrainte sur les différents postes possibles.

Chaque personnage appartient à une catégorie qui déterminera son rôle au sein de l’équipage : un personnage politique influera sur les décisions sociales et politiques et pourra être le Président de l’Humanité, une personnage militaire pourra influencer sur les actions tactiques, rendra plus efficace les actions des autres personnages et pourra être choisi pour être l’Amiral de la Flotte, un pilote de Viper pourra participer aux combats spatiaux en prenant place dans un chasseur, et un personnage de support sera en général versatile et doté de solides compétences techniques.

Les personnages tournent bien, et c’est tant mieux car chaque personnage possède des capacités spéciales uniques qui sont le reflet de sa personnalité et de ses compétences et faiblesses. Ces éléments déterminent également le type et le nombre de cartes de compétences qui lui seront attribuées à chaque tour (carte pilotage, stratégie, politique, commandement,….). Ces cartes lui serviront soit à  réaliser des actions, soit à participer aux votes lors des crises, comme nous le verrons plus tard.

Il me faut auparavant décrire le plateau de jeu ! Il se compose d’abord du Battlestar Galactica et du Colonial One (le vaisseau présidentiel), chaque vaisseau étant composé de lieux stratégiques qui permettront aux personnages qui s’y trouvent de réaliser une action particulière (ex : l’armurerie permet de tenter de repousser un abordage Cylon, le pont d’envol de décoller à bord d’un viper, …). Autour du Battestar Galactica se trouvent les zones de combat spatial dans lesquels évolueront les chasseurs Vipers dans lesquels pourront prendre place les personnages pilotes, les vaisseaux civils qu’ils devront protéger à tout prix et les vaisseaux Cylons qui n’auront de cesse de tenter de détruire la flotte humaine et si possible le Galactica. On a donc un plateau qui sert à la fois à positionner les personnages et à gérer les combats, c’est surprenant au début mais finalement très immersif !

Egalement présente sur le même plateau, une piste de saut permet de savoir où en est la préparation du prochain saut en hyperespace qui permettra au Galactica de semer – temporairement – la flotte ennemie et de se rapprocher de leur but. Une zone de jeu est également consacrée aux emplacements tenus par les Cylon d’où les joueurs qui se seront révélés être des Cylons pourront coordonner leurs actions contre les humains. Une autre enfin décrit l’état des ressources humaines qui s’amenuisent au cours du jeu : Carburant, Rations, Moral, Population. Si l’une d’elles tombe à zéro, les humains perdent la partie…

Avant de revenir sur tous les éléments sur lesquels j’ai violemment spolié (quoi ? on peut être Cylon ?) je vais d’abord rapidement décrire le déroulement d’un tour de jeu ! L’un après l’autre, chaque joueur reçoit ses cartes, peut faire un déplacement, accomplit une action, puis pioche et résout une carte crise ! C’est simple et rapide ! Et on n’attend jamais son tour à BSG car l’implication est constante !

Je ne rentre pas trop dans le détail sur les déplacements et les actions ! Le déplacement permet de rejoindre un lieu spécifique et une action permet d’utiliser la capacité d’un lieu ou d’une carte, d’effectuer une action spécifique liée à son personnage ou à son
statut (président ou amiral). Et si vous êtes pilote, ces mêmes déplacements et actions vous permettent de combattre l’ennemi dans des dogfights effrénés à bord de votre Viper ! Les possibilités sont donc très nombreuses, et comme on ne peut faire qu’une UNIQUE action, son choix est crucial !

Car une fois cette action accomplie, vous piochez une carte crise, et c’est là que ça se complique. En effet, ces cartes crises simulent les nombreuses difficultés auxquels font face les humains dans leur odyssée et chacune apporte donc une problématique nouvelle à l’équipage ! Elle peut annoncer l’arrivée d’une flotte Cylon qui attaque aussitôt le Galactica, obliger à faire un choix crucial et couteux (rationnement : choisissez entre perdre des rations ou du moral…) ou annoncer un test de compétence ! Réussir ce test permettra souvent de seulement conserver le statut quo tandis qu’échouer aura des conséquences négatives, voire désastreuses.

Lors d’un test de compétence, chaque pourra jouer (face cachée) une ou plusieurs cartes qui ont toutes une valeur chiffrée pour atteindre par cumul la difficulté du test. Mais attention car chaque vote ne fait appel qu’à certaines catégories de cartes ! Les cartes de ces catégories sont prises en compte positivement, mais à l’inverse, jouer une carte d’une autre catégorie handicapera le vote puisque sa valeur viendra se déduire du total. Bien sûr, s’agissant d’un jeu « coopératif », toute action peut faire l’objet de discussions, de conseils et il est tout à fait possible (nécessaire) d’échanger et de s’entendre sur les efforts communs, sans pouvoir toutefois être trop précis (il est interdit de dire ou montrer les cartes que l’on joue). On ajoute également au test deux cartes de la pioche pour pimenter un peu le tout et laisser trainer une trace de chance et de doute sur le résultat et les cartes jouées par les participants !

Paranoïa et secret

Alors me direz-vous, pourquoi tout ce secret ? Et bien parce que BSG n’est – rappelez-vous – que semi-coopératif et que parmi vous peuvent œuvrer en secret des agents Cylons ! En effet, en début de partie, chaque joueur reçoit une carte lui indiquant s’il est un sympathique humain ou une saloperie de Cylon. Le joueur Cylon pourra alors choisir de rester infiltré parmi ses camarades, tentant alors de saboter discrètement leurs efforts (surtout lors des tests de compétence) sans se faire découvrir ou à tout moment décider de se révéler en faisant le maximum de dégât puis en rejoignant la flotte Cylon d’où il jouera désormais en opposition ouverte contre le reste de l’équipage.

Mais les Cylons ont aussi des agents dormants, vous vous rappelez ? Ces agents inconscients et persuadés d’être des humains comme les autres. C’est pourquoi vers le milieu de la partie, chaque joueur reçoit une seconde carte lui apprenant s’il reste humain ou s’il découvre finalement sa véritable nature d’agent Cylon. Vous pouvez donc tout à fait œuvrer magnifiquement au service de l’humanité pendant la première partie du jeu et finalement devenir son pire ennemi ! Avec 1 ou 2 agents Cylons à la table, conscients de leur nature à divers moments de la partie s’installe rapidement autour de la table une saine ambiance de paranoïa aigue, où la moindre de vos décisions est suspecte et le moindre test de compétence raté décortiqué à la loupe.

Toutefois, l’objectif des humains – qui est de rejoindre Kobol avant que leurs ressources ne tombent à zéro ou que le Galactica ne soit détruit ou pris d’assaut par les Robots de combat Cylons – est un challenge VRAIMENT difficile qu’on ne peut réussir qu’en équipe. Mettre donc la moitié de l’équipage en prison sous peine de suspicion vous conduira à l’échec aussi surement que de saboter les moteurs du vaisseau !

Conclusion (Oui, vous pouvez aussi commencer votre lecture ici si vous êtes fainéants)

Le grand point fort de BSG le jeu de plateau est vraiment de réussir à mêler dans le même jeu politique, diplomatie, suspicion, combat spatial, tactique et gestion, le tout dans une ambiance unique qui rappelle vraiment la série et son ambiance sombre et paranoïaque.

Chaque partie est une expérience différente car on joue totalement différemment un pilote pris dans le feu du combat spatial ou le président des 12 colonies qui se retrouve responsable de toutes les décisions politiques. Chaque personnage est de plus vraiment unique et bien sûr, le jeu change entièrement lorsque vous vous retrouvez dans la peau d’un Cylon ! Une rejouabilité excellente encore renforcée par le fait qu’il existe maintenant deux extensions qui apportent de nombreuses nouveautés ou variantes à un jeu déjà très complet.

Autre énorme atout de BSG : on est en permanence impliqué ! Pas de longue attente en attendant que revienne son tour, l’échange est permanent autour de la table et tout le monde intervient lors des tours des autres joueurs grâce à l’excellente idée des cartes crises et des tests de compétence !

Enfin, l’ambiance !!! Le mélange de coopération et de suspicion créé une atmosphère géniale à laquelle participe aussi la tension de parties souvent très serrées où l’on se bat jusqu’au dernier dé, au dernier saut, jusqu’à la dernière goutte de sueur pour sauver les derniers survivants d’une humanité exsangue (et bientôt consanguine) ou tenter de sauvegarder la dernière once de moral qui les anime.

Vous l’aurez compris, BSG n’a pas gagné 3 récompenses du meilleur jeu de l’année par hasard ! Même s’il vous faudra vous armer d’un peu de courage pour assimiler les règles qui régissent tous les mécaniques du jeu, car elles sont nombreuses, pas toujours bien organisées et parfois un rien confuses (vous ferez donc le détour obligé par la case FAQ comme pour presque tous les jeux Edge, on s’habitue…), ça vaut vraiment le coup !

Battlestar Galactica : Le Jeu de Plateau est un jeu semi-coopératif de Corey Konieczka tiré de la série de SyFy Channel édité par Edge Entertainment et distribué par Millénium. Prix moyen de 50 €. Durée moyenne de la partie : 3 heures (intenses)

Bruno

4 Comments

  1. Le jeu qui rend le mieux son univers d’origine ! 😉
    Dans mon top 3 avec CdlVM et Zombicide (Cf. articles sur le site 😉

  2. Ben pour une partie de test, c’est quand vous voulez, même que je vous accueille avec plaisir. Surtout que ça reste un de mes jeux favoris, donc je ne dis jamais non pour une partie !

  3. Ca fait très envie dis donc. Retrouver l’ambiance de la série dans la jeu: je me demandais comment et tu m’as convaincu. Il va falloir que je trouve le moyen de faire une partie.

  4. Grand fan de la série, je ne peux qu’être attiré par le jeu de plateau ! Bon, je ne suis cependant pas certain qu’il faille commencer son apprentissage en terme de jeu de plateau par celui-ci… ! Mais c’est très tentant ! Merci Bruno !

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