Nosferatu, le jeu de cartes avec des canines

« Vous ne laissez ni vos yeux voir, ni vos oreilles entendre, ce que vous-mêmes ne pouvez comprendre ». Abraham Van Helsing

Je suis super content de venir parler ici de Nosferatu ! D’abord parce que c’est le premier jeu édité d’un copain à moi et ça, ça fait bien plaisir. Ensuite parce que c’est un jeu que j’aime beaucoup.

Sans vouloir flatter plus que nécessaire mon égo, je pense avoir eu entre les mains un nombre conséquent de jeux et Nosferatu fait vraiment partie pour moi du haut du panier, tant pour sa mécanique asymétrique originale et bien huilée que pour son ambiance, la durée de ses parties (20-30 minutes) et le nombre de joueurs qui correspond à un créneau trop peu exploité : le 5-8 joueurs (parce qu’autant j’ai 35 jeux par 2-4 joueurs, autant à 7 et surtout 8, ça devient un peu aride).

Alors Nosferatu c’est quoi ?

C’est un jeu directement inspiré des films du même nom qui vous plonge dans l’Angleterre victorienne alors que le Comte Dracula vient d’arriver dans la capitale afin de s’y faire les dents si j’ose dire. Un groupe de chasseurs de vampires s’est formé pour traquer et tuer le monstre et celui-ci devra donc tenter de leur échapper ! Il a pour cela deux atouts : D’abord, il s’est lui-même porté volontaire pour la chasse au monstre et fait donc partie du groupe de chasseurs, incognito, ou presque puisque les chasseurs savent qu’il est parmi eux ! Ensuite il est aidé dans son entreprise par son âme damnée à la santé mentale vacillante : R.M. Renfield !

Un des points forts et très originaux de Nosferatu est qu’un des joueurs va prendre ce rôle de Renfield puis attribuer secrètement aux autres joueurs leur rôle via une carte, désignant ainsi qui sera parmi eux le vampire ! Il devra ensuite aider au mieux son maître, et ce en toute discrétion afin de ne pas trahir son identité ! Le jeu oppose donc les chasseurs à 2 ennemis, dont l’un qui s’est glissé parmi eux !

Puis chaque joueur reçoit deux cartes et le jeu commence, avec une mécanique simple mais diablement efficace ! A ce moment, nous avons sur la table :

– Une pioche appelée Bibliothèque dans laquelle les joueurs piocheront des cartes morsure, rumeur,  composant de rituels, et nuit.

– Une pioche Horloge composée de cartes nuit et d’une carte aurore.

– Une carte Pieu sacré

– Trois cartes de rituels

Renfield donne d’abord le pieu sacré à l’un des joueurs, pieu que les chasseurs de vampire devront planter dans le cœur du vampire dans l’aube naissante), désignant ainsi le premier joueur.

Celui-ci pioche deux cartes et les ajoute à sa main. Puis il défausse une carte face visible et en donne une autre face cachée à Renfield. Puis il retourne la première carte du paquet horloge. Si c’est une carte nuit, le tour se poursuit et le joueur suivant joue à son tour de la même façon. Le tour se termine lorsque tous les joueurs ont joué ou dès que l’un d’eux pioche la carte Aurore.

Renfield mélange alors les cartes qu’il a reçues puis les retourne et applique leur effet :

– Carte Morsure : Renfield désigne un joueur mordu par le vampire : celui-ci voit sa main réduite d’une carte (pour brouiller les pistes, il peut même désigner le vampire lui-même).

– Carte Nuit : La carte est ajoutée à la pile Horloge. Les nuits se feront alors de plus en plus longues.

– Carte Composants : Si et seulement si toutes les cartes sont des cartes de composants, les joueurs peuvent lancer un rituel qui les aidera fortement dans leur lutte contre le vampire !

– Les cartes Rumeurs sont sans effet, ce sont de fausses pistes ralentissant les chasseurs…

Si, et seulement si, la carte Aurore a été tirée, le joueur ayant le pieu sacré peut alors choisir s’il souhaite ou non user de celui-ci et désigne le joueur visé ! S’il a tué sur le vampire, la Bête meurt et les chasseurs gagnent la partie ! Londres est à nouveau sûre (enfin il reste Jack l’éventreur et une multitude de criminels mais on ne peut pas tout faire). Mais c’était un camarade humain, la bande de joyeux chasseurs nocturnes est soit horrifiée de ses actes horribles et son incompétence notoire, soit arrêtée par la police pour meurtre en réunion – vous choisissez – et Dracula et Renfield sont libres d’arpenter la capitale en toute liberté  après s’être tenus les côtes à force de rire 🙂

S’il choisit de ne pas utiliser du pieu (c’est bien sûr le seul choix possible pour le joueur incarnant le vampire, même s’il lui est possible de jouer un doute horrible avant de finalement renoncer), il le transmet à un autre joueur et on repart pour un tour, celui-ci débutant avec le joueur désormais en possession du pieu, désigné par Renfield si l’Aurore ne s’est pas levée. Sauf que le temps joue contre les chasseurs puisqu’à la cinquième morsure révélée, les chasseurs perdront la partie… Tic toc…

Cette mécanique fait intervenir un peu de hasard (la pioche et surtout la durée de la nuit), mais laisse une part belle à la tactique et surtout au bluff et aux discussions enflammées. Combien de fois le vampire vous convaincra de sa bonne fois en défaussant une morsures tout en promettant de jouer un composant qu’il n’a jamais eu en main, faisant foirer un rituel auxquels tous les autres auront durement contribuer, riant canines sous cape quand vos soupçons se porteront sur le malheureux qui ne pioche que des morsures…

Néanmoins, Nosferatu ne fait pas pour autant la vie facile aux créatures du mal, puisque les rituels sont très puissants et qu’une carte (la carte ténébreuse) pénalise un vampire trop inactif, le forçant à prendre quelques risques alors qu’il préférerait parfois rester dans un confortable anonymat. Pour gagner Renfield devra tenter de se coordonner au mieux avec son maître et choisir la tactique la plus efficace. Mais prendrez-vous le risque de donner le début du tour au vampire pour qu’il puisse placer une morsure, avec le risque que l’aurore se lève de suite et ne révèle à tous le subterfuge, ou au contraire ferez-vous jouer un joueur éloigné, que
soit lancer un rituel qui donnera aux ennemis un méchant avantage ?

Les chasseurs eux devront faire preuve d’un sens aigu de l’observation, d’une bonne dose de psychologie et d’une excellente coordination tactique, s’ils veulent découvrir le vampire caché parmi eux avant de  succomber aux morsures vampiriques ou d’assassiner par erreur l’un des leurs !

Les parties sont courtes et intenses, pleines de suspense et d’échanges, et une fois terminée, on a hâte d’y rejouer avec cette fois-ci un nouveau joueur incarnant Renfield pour voir ce que ça va donner ! Puis une autre pour vérifier, et puis bon encore une autre… Bref on peut facilement passer la soirée à enchainer les parties. Autant dire que ce jeu mérite d’être essayé ! Pour cela, rendez-vous dans toutes les bonnes boutiques courant Mars.

Nosferatu  est un jeu de Pierre-Yves Lebeau (que je remercie pour toutes ses infos de dernière minute et les parties de test enflammées) édité par Grosso Modo et distribué par Blackrock. Prix de vente encore indéterminé.

Bruno 

3 Comments

  1. Super article ! 😉
    Bon je peux l’avouer maintenant Bruno c’est un de mes pseudos …
    Ben quoi ?!

  2. Merci pour ce test. Désolée de faire une comparaison, mais ça me fait penser au principe du loup garou, et récemment au « village » qu’on a testé il y a quelques semaines. Le regret qu’on avait portait justement sur les éléments à se mettre sous la dent pour commence à se soupçonner les uns les autres, le maître du jeu n’amenant aucun élément explicite, comme le font ici les cartes, mais gérant seulement les interactions. À tester, donc, lors d’une bonne soirée déguisée, dans le noir, avec des bougies…

    • Ben ne sois pas désolée puisque la comparaison que tu fais est très juste, et c’est le jeu auquel Nosferatu est le plus comparable. D’ailleurs, celle-ci lui fut faite en interview et pour ne pas périphraser l’auteur (et pour me complaire un peu dans le farniente), je te cite sa réponse :
      « Au niveau du style, Nosferatu appartient effectivement à la catégorie des jeux à rôle caché, mais on est loin des LGdT : Nosferatu est surtout tactique, alors que LGdT ne joue que sur la psychologie – c’est ce qui fait l’élégance des LGdT. Bien-sûr, on démasque le vampire s’il perd son sang-froid, mais dans les deux camps, la victoire ne s’acquiert qu’avec une bonne coordination et une maîtrise de la mécanique. Sans être compliquée, celle-ci offre de nombreuses ficelles qui permettent à chacun de trouver son style de jeu ».
      Voilà, après moi je trouve que c’est pas top la bougie, car l’obscurité offre trop de possibilités de communication aux forces du mal, et donc rien ne vaut une bonne lumière de 1.200 Watts mais c’est chacun son choix 🙂

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